Les Troubles de l'humeur
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Quelles sont les caractéristiques des troubles maniaco-dépressifs ?
Au cours des troubles maniaco-dépressifs (l’appellation « psychose maniaco-dépressive » étant abandonnée), l’humeur du sujet alterne entre :
● des accès de manie (état d’intense excitation ou euphorie) pouvant durer des semaines ou des mois (à début brutal ou progressif),
● et des accès d’extrême abattement avec tristesse pathologique et dépression.
Entre ces deux épisodes le sujet retrouve une période d’accalmie (appelée intervalle libre) avec retour à l’état habituel.
Il s’agit d’une maladie chronique évoluant par accès successifs de manie ou de dépression. Néanmoins, la survenue d’un seul épisode maniaque fait poser le diagnostic de troubles maniaco-dépressifs, alors que l’appartenance des sujets ne présentant que des accès dépressifs (« troubles dépressifs récurrents ») à ce groupe ne fait pas encore l’unanimité.
Les troubles maniaco-dépressifs se définissent par le type ou l’intensité des accès ou encore par la durée des intervalles libres entre deux épisodes. L’intensité de l’épisode dépressif peut confiner à la mélancolie alors que l’hypomanie correspond à un tableau d’excitation moins sévère et/ou moins complet, parfois compatible avec une vie normale, voire à l’origine d’activité créatrice. Les états mixtes associent de manière concomitante ou par alternance (d’un jour à l’autre) des symptômes de la série dépressive et des symptômes de la série maniaque. Le risque suicidaire est, dans ce cas, non négligeable.
Quelques symptômes des troubles maniaco-dépressifs :
Manie : |
Dépression : |
● sentiment de bonheur immense, d’euphorie |
● sentiment de tristesse, de vide |
● accélération de la pensée, fuites des idées |
● troubles de la concentration et de la mémorisation |
● distractibilité (l’attention est facilement attirée par des stimuli extérieurs) |
● fatigue ou perte d’énergie |
● optimisme démesuré, méconnaissance du caractère pathologique des troubles |
● sentiment de dévalorisation ou de culpabilité excessive ou inappropriée |
● augmentation de l’estime de soi |
● pessimisme, mode de pensée négatif |
● irritabilité, voire agressivité |
● insomnie ou augmentation du besoin de sommeil |
● réduction du besoin de sommeil |
● diminution marquée de l’intérêt ou du plaisir pour presque toutes les activités, y compris dans le domaine sexuel |
● débit de parole accéléré ou continu |
● préoccupations excessives pour « des petits riens », ruminations anxieuses |
● augmentation de l’activité dans le domaine social, professionnel, scolaire ou sexuel, agitation psychique et motrice |
● idées suicidaires |
● engagement excessif dans des activités agréable mais à potentiel élevé de conséquences dommageables (achats inconsidérés, conduites sexuelles inconséquentes), impulsivité ● inhibition, indécision |
● perte ou gain de poids significatif |
Existe-t-il une différence entre dépression et troubles maniaco-dépressifs ?
Au-delà des « blues de l’âme », la différence entre tristesse et dépression « maladie » ne se situe pas uniquement dans l’intensité de la souffrance, mais également dans la qualité du sentiment éprouvé, modifiant la vie du sujet. En outre, le tableau symptomatique d’un épisode dépressif est constitué par l’association de plusieurs symptômes (c’est un ensemble de symptômes) qui marquent une rupture par rapport au fonctionnement habituel.
L’accès dépressif au cours d’un trouble maniaco-dépressif peut présenter quelques spécificités par rapport au tableau d’un épisode dépressif isolé. Néanmoins, ils partagent tous deux, en aigu, « la souffrance dépressive » et le risque suicidaire ou de dysfonctionnement socio-professionnel.
Quels sont les sujets concernés par les troubles maniaco-dépressifs ?
Toute personne, de tout âge, race, ethnie ou groupe social peut être concernée par cette maladie, au rang desquelles se trouvent des maniaco-dépressifs célèbres, tant dans le monde des arts (compositeurs, écrivains ...) que de la politique (grands chefs de gouvernement).
Alors que les femmes présentent deux fois plus que les hommes des troubles dépressifs, la maladie maniaco-dépressif atteint l’homme et la femme dans la même proportion.
Le début des troubles remonte souvent à l’adolescence et parfois qu’après plusieurs années d’évolution. La maladie se déclare en générale entre l’âge de 30 et 50 ans, mais également parfois tardivement après 60 ou 70 ans.
Les études internationales confirment depuis des décennies, une fréquence du trouble, au sein de la population générale, de 1 %.
Quelle est l’origine des troubles maniaco-dépressifs ?
Cette affection, définie à la fin du siècle dernier, est considérée comme l’une des pathologies psychiatriques les mieux caractérisées. Toutefois, les causes directes des troubles maniaco-dépressifs ne sont pas clairement déterminées : des facteurs d’ordre génétique (notion d’hérédité partielle de la maladie basée sur des études familiales), biologique, psychologique et socio-environmental sont impliqués à divers titres en fonction de l’histoire personnelle de chaque sujet. Il existe le plus souvent une interaction et une intrication complexe, par exemple entre vulnérabilité physiologique, traits de personnalité et événements de vie.
Toutefois, les épisodes peuvent apparaître spontanément sans cause déclenchante.
Certains stress sont classiquement réputés favoriser la survenue d’un épisode dépressif ou maniaque : le décès d’un être cher, le divorce, un licenciement, la mise à la retraite, toute séparation affective... Les troubles dépassent ici la réaction normale à la perte d’un être aimé. En cas d’accès maniaque, on parle de « manie de deuil ». Les symptômes peuvent également être déclenchés par une prise toxique ou de traitement médicamenteux (virage maniaque après corticothérapie ...).
Quels sont les traitements des troubles maniaco-dépressifs ?
Au cours de la prise en charge thérapeutique, il est essentiel d’identifier précocement les accès afin d’en réduire les séquelles. Un traitement préventif (ou « prophylactique ») est préconisé au plus tard à partir du troisième accès. L’existence d’un premier épisode maniaque sévère à l’origine de retentissements dommageables sur le plan social ou professionnel peut faire discuter un traitement préventif plus précoce.
Qu’il s’agisse d’un premier épisode ou non, face à un accès maniaque, la règle est d’hospitaliser en milieu spécialisé, afin de protéger le sujet de toutes conduites dommageables, ce d’autant que l’effet thérapeutique nécessite plusieurs jours.
Le traitement curatif (en aigu) de l’épisode maniaque consiste en l’administration d’un neuroleptique qui peut être associé à la mise en route d’un traitement régulateur de l’humeur.
Une rechute maniaque ou dépressive sous ces médicaments est souvent secondaire à une mauvaise observance du traitement.
Le traitement curatif d’une rechute dépressive au cours de l’évolution des troubles maniaco-dépressifs est constitué par l’adjonction d’un traitement antidépresseur au traitement en cours.
En dehors d’un épisode aigu et au-delà du bénéfice induit par la chimiothérapie, la prise en charge thérapeutique doit être renfoncée par différentes stratégies psychothérapiques afin de permettre un travail psychologique du sujet sur sa maladie.
Enfin, une étape fondamentale de la prise en charge thérapeutique impose l’établissement d’une alliance thérapeutique entre le patient et son médecin. Cette alliance passe nécessairement par l’information du sujet et de son entourage sur la maladie et sur les traitements préconisés, au même titre que d’autres maladies chroniques comme le diabète. Des associations de patients dépressifs et maniaco-dépressifs ont pour principaux objectifs d’informer et de soutenir les personnes confrontées ainsi que de susciter la compréhension du grand public.
Les médicaments sont-ils dangereux ?
Il faut combattre les idées reçues sur les psychotropes, trop souvent encore assimilés à des drogues. Certains médicaments, qui ont transformé l’existence d’un grand nombre de maniaco-dépressifs, nécessitent des précautions d’emploi qui doivent être bien connues des utilisateurs. La possibilité de troubles dans le cadre d’un arrêt intempestif (et en dehors de toute accoutumance) doit être connue du patient qui pourrait un jour décider impulsivement d’arrêter le traitement. Les effets indésirables peuvent être le plus souvent évités si le patient, son entourage et le médecin coopèrent étroitement tout au long du traitement afin d’obtenir, avec un minimum d’effets secondaires ou de risques, une efficacité optimale des médicaments. Le patient et le prescripteur sont, de fait, conjointement responsables d’une utilisation efficace et sécuritaire de tout médicament psychotrope.
Quelle est l’évolution des troubles maniaco-dépressifs en dehors de tout traitement ?
Une aggravation des troubles peut survenir avec l’âge, en dehors d’un traitement préventif : les accès sont de plus en plus sévères et nombreux, avec des intervalles libres de plus en plus courts.
La vie de ces sujets peut apparaître chaotique.
Le pronostic de la maladie maniaco-dépressive a beaucoup évolué durant ces quarante dernières années du fait des découvertes dans le domaine de la pharmacologie.
Malheureusement, elle reste encore méconnue et son évolution en dehors d’un traitement préventif peut être dévastatrice tant sur le plan individuel que familial ou social.
La mortalité des maniaco-dépressifs est jusqu’à trois fois plus importante que celle de la population générale, du fait des conduites à risque du maniaque. Or, après plus de deux ans de lithiothérapie (délai nécessaire pour l’obtention d’une efficacité préventive à l’égard des rechutes), elle devient égale voire inférieure à celle de la population générale.
Docteur
Dominique ATTAR-LEVY (1959-1999)
Co-fondatrice de l’Association France-Dépression et Praticien Hospitalier.
Service Hospitalo-Universitaire de Santé Mentale et de Thérapeutique
des Professeurs H. Lôo et J.P. Olié : Centre Hospitalier Ste-Anne, 7 rue Cabanis, 75014 Paris
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LES DIFFÉRENTES FACES DE LA DÉPRESSION
Conférence
du 23 novembre 1999 - Docteur Christian GAY
À un mois de Noël 99, le Docteur GAY nous faisait l’amitié de rappeler les différentes et nombreuses facettes des maladies dépressives et maniaco-dépressives, ainsi que de leurs manifestations et de leurs traitements.
Déclenchement des troubles de l’humeur
Le déclenchement des troubles peut être brutal (notamment dans le cas des troubles bipolaires), ou beaucoup plus lent et insidieux, avec ralentissement des réactions (ou accélération en phase maniaque), troubles du sommeil, ainsi que souffrance morale, paralysie de la pensée (ou à l’inverse suractivité cérébrale), etc.
On parle de Dépressions majeures lorsque les manifestations sont caractérisées. Mais il existe aussi des états sub-dépressifs appelés dysthymiques – chroniques et apparaissant souvent à l’adolescence - comme il existe à l’opposé des états sub-maniaques.
Phases aiguës
On parle alors de Dépressions sévères.
Les troubles observés sont :
- «paralysie du cerveau», blocage,
- signes neurovégétatifs : troubles du sommeil, perte de l’appétit, symptômes fonctionnels (maux de tête, de dos, d’estomac, colites,…),
- angoisses (souvent liées à la Dépression).
Les Dépressions les plus graves sont appelées mélancolies ou syndromes de Kottar, nécessitant souvent des électro-narcoses d’urgence.
Les causes
Elles sont en général multiples :
- accumulation de stress,
- personnalités névrotiques, sièges de conflits internes,
- certains traitements, comme par exemple des hypertenseurs,
- organiques : neurologiques, endocriniennes, certains cancers, etc…
Traitements
La durée du traitement actuellement admise est d’environ 4 mois après la fin des symptômes.
Les différentes classes d’antidépresseurs sont :
- les tricycliques (première génération : Anafranil, Tofranil, Ludiomil),
- les ISRS (inhibiteurs spécifiques de la recapture de la sérotonine : Floxifral, Prozac, Séropram, Déroxat),
- et la nouvelle génération (comme l’Effexor, l’Ixel et le Norset).
Il faut bien sûr mentionner également les thymorégulateurs - incontournables en cas de troubles bipolaires - dont les sels de Lithium, dont on sait maintenant qu’ils renforcent l’action de certains antidépresseurs.
La sismothérapie (les électro-narcoses), quant à elle, reste recommandée pour les cas graves (cf. les mélancolies) ou résistants aux antidépresseurs.
On ne peut être exhaustif sur les traitements des troubles de l’humeur sans parler bien entendu des psychothérapies, qu’elles soient de soutien et d’accompagnement, ou cognitives et comportementales : là encore, l’échange entre êtres humains, en l’occurrence le patient et son ou sa thérapeute, est indispensable et irremplaçable, pour que la personne puisse s’affirmer de nouveau et « repartir du bon pied » dans la vie.
Docteur Christian GAY - Praticien Hospitalier.
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